Évaluation finale du projet « Climat, conflit et égalité de genre dans les zones frontalières Turkana-Omo » (Kenya / Éthiopie)

International Alert (Kenya et Corne de l’Afrique), en partenariat avec la Turkana Pastoralists Development Organization (TUPADO) et l’Ethiopian Institute of Peace (EIP), met en œuvre le projet « Addressing the intersection of climate, conflict and gender equality in the Turkana-Omo borderlands » (Répondre à l’intersection du climat, des conflits et de l’égalité de genre dans les zones frontalières Turkana-Omo). Financé par l’Agence autrichienne de développement (ADA), le projet a démarré en août 2024 et s’achèvera en mars 2027. Référence du projet : 2878-03/2023.

Le projet vise à renforcer des institutions locales et des mécanismes de gouvernance inclusifs en matière de genre, capables de gérer efficacement les conflits transfrontaliers liés aux risques climatiques. Il combine mobilisation communautaire, renforcement institutionnel, promotion du leadership des femmes, dialogue transfrontalier et plaidoyer politique.

Contexte

Dans la Corne de l’Afrique, les conflits prolongés autour des ressources naturelles — en particulier l’eau et les pâturages des zones frontalières arides — sont aggravés par les chocs climatiques, qui affectent de manière disproportionnée les communautés pastorales marginalisées sur les plans politique et économique. La zone transfrontalière Turkana-Omo, entre le nord-ouest du Kenya (comté de Turkana) et le sud de l’Éthiopie (zone du Sud Omo), est marquée par des sécheresses et des inondations récurrentes, des systèmes de gouvernance fragiles et de profondes inégalités de genre, qui alimentent les tensions autour des ressources entre les communautés turkana, dassanech et nyangatom.

La raréfaction des stocks halieutiques, conjuguée à la montée des eaux du lac qui déplace sites de débarquement et communautés, intensifie la compétition pour l’eau et la pêche. Les razzias de bétail transfrontalières sont devenues de plus en plus commercialisées et violentes, et les autorités peinent à empêcher les attaques ou à récupérer les animaux volés. Ces pressions cumulées érodent les moyens d’existence, la sécurité alimentaire et la cohésion sociale.

Les effets des conflits et du climat sont profondément genrés. Les femmes sont particulièrement exposées lors des razzias et des déplacements, portent la charge de la reconstruction des foyers et se tournent vers des activités génératrices de revenus diversifiées après la perte du bétail. Des masculinités néfastes associent les razzias aux rites de passage, à la virilité et aux obligations de dot. Malgré leur rôle en première ligne, les femmes sont systématiquement exclues des mécanismes de consolidation de la paix et d’adaptation climatique, dominés par les hommes.

Objectifs du projet

L’objectif général est de réduire les conflits exacerbés par le changement climatique et les chocs climatiques dans les zones frontalières de la Corne de l’Afrique, par une consolidation de la paix sensible au genre. L’effet recherché est le renforcement des structures et actions formelles et non formelles, inclusives en matière de genre, pour gérer efficacement les conflits transfrontaliers liés aux risques climatiques dans la zone frontalière Omo-Turkana (Kenya et Éthiopie). Quatre produits structurent l’intervention :

  • Produit 1 — Les femmes, les jeunes et d’autres groupes vulnérables sont en mesure de participer de manière significative aux institutions formelles et informelles de gestion des conflits transfrontaliers et d’adaptation climatique.
  • Produit 2 — Les communautés et les structures institutionnelles locales sont mieux coordonnées et leurs capacités de gestion des conflits liés au changement climatique sont renforcées.
  • Produit 3 — Les acteurs de la gouvernance locale (formels et informels) sont outillés et coordonnés pour gérer les conflits transfrontaliers et les chocs climatiques de manière sensible au genre.
  • Produit 4 — Les décideurs aux niveaux national et régional (pouvoirs publics, organisations multilatérales, société civile) intègrent les enseignements sur l’intersection conflit – égalité de genre – action climatique dans leurs politiques et programmes.

La mise en œuvre est guidée par plusieurs thèmes transversaux : égalité de genre et autonomisation des femmes, inclusion des jeunes, sensibilité aux conflits, adaptation et résilience climatiques, inclusion sociale et coopération transfrontalière.

Objet et objectifs de l’évaluation finale

L’évaluation finale a pour objet de fournir une appréciation indépendante et fondée sur des données probantes des réalisations du projet et de sa contribution au renforcement de systèmes de consolidation de la paix résilients au climat et sensibles au genre dans les zones frontalières Kenya-Éthiopie. Elle servira la redevabilité envers les parties prenantes, documentera les difficultés et les enseignements tirés, et formulera des recommandations opérationnelles pour la programmation future à l’intersection du changement climatique, de la prévention des conflits, de la consolidation de la paix et de l’égalité de genre.

  1. Apprécier l’efficacité des interventions dans l’atteinte des résultats escomptés et leur contribution aux impacts immédiats aux niveaux communautaire, institutionnel et politique.
  2. Évaluer la cohérence des interventions avec les politiques, institutions et initiatives complémentaires aux niveaux local, national et régional.
  3. Apprécier la durabilité des capacités, institutions, partenariats et résultats soutenus par le projet.
  4. Produire des enseignements, des bonnes pratiques et des recommandations actionnables pour la programmation future en matière de climat-sécurité, de consolidation de la paix et d’égalité de genre.

Utilisateurs de l’évaluation

Les utilisateurs principaux seront l’Agence autrichienne de développement (ADA), International Alert, TUPADO et l’Ethiopian Institute of Peace. Les utilisateurs secondaires incluront les autorités régionales et de comté au Kenya et en Éthiopie, les institutions nationales concernées, l’IGAD et d’autres acteurs régionaux, les structures communautaires de paix et de gouvernance des ressources naturelles, les acteurs de l’adaptation climatique, les organisations de la société civile, les partenaires au développement et les praticiens.

Champ de l’évaluation

L’évaluation couvrira l’ensemble des composantes du projet et toute la période de mise en œuvre, d’août 2024 à la fin de la collecte de données. Elle sera conduite à distance ainsi qu’au Kenya et en Éthiopie, sur une sélection de sites d’intervention dans les corridors Turkana-Dassanech et Nyangatom-Turkana. La sélection des sites devra assurer une représentation équilibrée des zones d’intervention, inclure des sites des deux côtés de la frontière, refléter la diversité des interventions et des axes de résultats, recueillir le point de vue de groupes de parties prenantes variés (femmes, jeunes, structures communautaires, institutions publiques, partenaires de la société civile) et tenir compte des facteurs contextuels de sécurité, d’accessibilité et de faisabilité logistique. Le choix proposé devra être justifié dans le rapport de démarrage.

L’évaluation examinera les progrès vers l’effet et les produits attendus, ainsi que la validité persistante de la théorie du changement et de ses hypothèses. Elle appréciera la contribution du projet aux changements observés dans les institutions, les relations, les capacités et les pratiques liées à la consolidation de la paix sensible au climat, à la gouvernance des ressources naturelles et à l’inclusion de genre. L’évaluation sera conduite selon les critères du CAD de l’OCDE d’efficacité, de cohérence et de durabilité, et devra respecter les ADA Guidelines for Programme and Project Evaluations ainsi que les lignes directrices d’International Alert sur la collecte de données sensible aux conflits et au genre.

Questions évaluatives

Pour chacune des questions ci-dessous, l’évaluation devra expliciter les facteurs favorables et défavorables et différencier son analyse selon le genre, la tranche d’âge et la vulnérabilité.

Efficacité

  1. Dans quelle mesure et de quelle manière le projet a-t-il atteint ses produits et son effet attendus, en particulier pour permettre aux femmes et aux jeunes de participer de manière significative à la gestion des conflits transfrontaliers et pour renforcer des institutions locales inclusives en matière de genre ?
  2. Dans quelle mesure et comment les décideurs aux niveaux local, national et régional ont-ils intégré les enseignements du projet sur le nexus conflit – genre – climat dans leurs politiques, programmes et mécanismes de coordination transfrontalière ?
  3. Quels changements non intentionnels sont survenus chez les femmes, les jeunes, les structures communautaires, les acteurs publics et les autres parties prenantes ?
  4. Quelles stratégies et approches ont été les plus efficaces pour générer des résultats positifs ?

Cohérence

  1. Comment le projet s’est-il aligné sur les politiques, stratégies et interventions pertinentes en matière de consolidation de la paix (notamment l’agenda Femmes, Paix et Sécurité), d’adaptation climatique, de gestion des ressources naturelles et d’égalité de genre ?
  2. Comment le projet a-t-il complété et valorisé le travail des gouvernements, des organisations de la société civile, des organisations locales de femmes, des partenaires au développement et des institutions régionales, et en quoi ses différentes composantes se sont-elles renforcées mutuellement ?
  3. Quelle a été l’efficacité des dispositifs de coordination, de collaboration et de partenariat entre International Alert, TUPADO, l’EIP, les institutions publiques, les structures communautaires et les autres parties prenantes ?

Durabilité

  1. Dans quelle mesure les capacités, l’appropriation et les engagements des institutions locales, des structures de gouvernance et des mécanismes communautaires sont-ils susceptibles de perdurer au-delà du projet ?
  2. Quelles approches, structures ou pratiques présentent le plus fort potentiel de poursuite, de réplication ou de mise à l’échelle, et pourquoi ?
  3. Quels facteurs financiers, institutionnels, politiques et socioculturels sont susceptibles de soutenir ou de compromettre la durabilité des résultats ?
  4. Dans quelle mesure les responsables religieux, les anciens et les autres autorités traditionnelles ou communautaires se sont-ils approprié durablement l’égalité de genre et la participation significative des femmes, et ont-ils fait preuve de leadership pour promouvoir ces principes ? Quels éléments indiquent que cet engagement se poursuivra au-delà du soutien du projet ?

Méthodologie

L’évaluation sera conduite de manière sensible au genre et aux conflits, et de façon participative, dans le respect des principes « Ne pas nuire », des approches fondées sur les droits humains, des standards d’inclusion, du consentement éclairé et de la confidentialité. Les évaluateurs devront garantir la dignité, les droits, la sécurité et la vie privée des participants, en particulier des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables, et veiller à ne pas exacerber les tensions, inégalités ou vulnérabilités existantes.

Méthodes de collecte requises :

  • Revue documentaire (proposition de projet, 3 rapports annuels d’avancement, données de suivi — tableau de suivi des indicateurs (IPTT) et journal de récolte des résultats —, 1 rapport d’étude de référence, 2 documents d’apprentissage, 1 note de politique, vidéos de récits d’impact, données de contexte et analyses publiques sur les zones frontalières Turkana-Omo).
  • Entretiens avec des informateurs clés (KII) auprès de l’équipe projet, des partenaires de mise en œuvre et des autres parties prenantes.
  • Groupes de discussion (focus groups) et entretiens avec les participants au projet et les membres des communautés.

Des méthodes participatives complémentaires (Changement le plus significatif – MSC, récolte de résultats) peuvent être mobilisées. Une matrice d’évaluation, assortie d’indicateurs clairs pour chaque question, sera élaborée en phase de démarrage. Un formulaire d’appréciation des résultats (RAF, annexe 9 des lignes directrices de l’ADA) sera remis avec le rapport final. Tous les évaluateurs doivent contribuer significativement à toutes les phases de la mission et être directement impliqués dans la collecte, l’analyse et la rédaction.

Phases de la mission

Phase de démarrage

Elle débute par une réunion de cadrage entre les évaluateurs, International Alert, les partenaires locaux de mise en œuvre et l’ADA. Les évaluateurs devront : passer en revue la documentation du projet ; analyser la logique d’intervention et la théorie du changement ; conduire des entretiens préliminaires avec des parties prenantes clés ; affiner la méthodologie et l’échantillonnage ; définir les lieux et les participants pour la collecte ; préparer la matrice d’évaluation et les outils de collecte ; soumettre le rapport de démarrage. Ce rapport doit suivre la structure de l’annexe 5 (« Quality Checklist for Inception Report ») des lignes directrices de l’ADA. La méthodologie ne sera finalisée qu’après approbation écrite du rapport de démarrage par International Alert et l’ADA.

Phase d’enquête

Après approbation du rapport de démarrage, les évaluateurs conduiront des visites de terrain à Kibish et Todonyang (Turkana, Kenya) et dans les woredas de Nyangatom et Dassanech (Éthiopie). Sous réserve des conditions de sécurité, au moins deux sites de chaque côté de la frontière devront être visités ; à défaut, une approche alternative (entretiens téléphoniques ou en ligne) devra être convenue. Des entretiens avec des informateurs clés seront menés auprès d’acteurs étatiques et non étatiques à Lodwar (comté de Turkana) et Nairobi au Kenya, ainsi que dans la zone du Sud Omo et à Addis-Abeba en Éthiopie. À l’issue de la collecte, les évaluateurs présenteront leurs conclusions préliminaires et discuteront des éventuelles lacunes de données avec International Alert et l’ADA.

Phase de synthèse

Elle comprend l’analyse finale et la triangulation des données, la rédaction du rapport d’évaluation, la formulation des constats, conclusions et recommandations, et la remise du formulaire d’appréciation des résultats (RAF). Les constats doivent être clairement adossés aux données des phases précédentes et aux questions évaluatives. Le rapport final doit suivre la structure de l’annexe 6 des lignes directrices de l’ADA. La phase s’achève par l’approbation écrite du rapport final par International Alert et l’ADA.

Les éléments ci-dessus ne constituent qu’une partie des exigences de cette consultance : les termes de référence complets sont disponibles en pièce jointe.

Modalités de candidature

Les candidats intéressés doivent soumettre une offre technique et financière (exigences détaillées dans les termes de référence) à l’adresse kenya@international-alert.org.

Objet du message : 2878-03/2023: Kenya-Ethiopia nexus project final evaluation.

Les questions peuvent être adressées à kenya@international-alert.org jusqu’au 7 septembre 2026. Les questions-réponses compilées seront partagées avec l’ensemble des soumissionnaires intéressés.

International Alert est un employeur souscrivant au principe d’égalité des chances et encourage particulièrement les candidatures des personnes sous-représentées. Tous les candidats doivent disposer du droit de travailler dans les régions concernées par cette mission.

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